Finales de PPTQ ou le mythe de Sisyphe.

Chers tous,

Après les performances remarquées de notre ami, collègue et adoubé membre de notre humble équipe « Consortium Infini » (que je créasse en 2011 pour rassembler les copains magiciens, et qui compte aujourd’hui une petite trentaine de passionnés), Théau, cet article ne fera pas le récit d’une aussi étincelante réussite.

De retour au Modern après quelques mois d’exil pour me rafraîchir un peu, je jetais mon dévolu pour mon retour et pour cette saison sur le deck « Black Green Souls » (peut-être parce que je peux secrètement l’appeler Dark Souls). Un deck finalement assez carré mais qui représente un certain challenge dans sa procédure d’exécution. Après avoir écumé les tables de modern avec Grixis Delver à lui suite du ban de Jumeau par scission, et navigué les parties au rythme des Déférences et Foudres, je m’attaquais désormais à d’autres défis : retirer les bonnes cartes avec mes multiples sorts de défausse, détruire les bons permanents, savoir donner des « baits » à l’adversaire pour finalement résoudre et faire tenir des pièces plus importantes, savoir quand être agressif et quand se tap-out etc.

ImageJ’ai pour cela suivi l’école de pensée de Reid Duke : un Abzan qui n’en est pas un. Le deck que je joue n’est finalement qu’une base Black/Green on ne peut plus conventionnelle qui splash uniquement du blanc pour Âmes persistantes, une carte que je trouve absolument géniale dans un deck aussi « low to the ground » que Black/Green. Je la trouve de surcroît très bien positionnée dans le métagame tel que je l’appréhende au sortir de l’été 2017. Efficace contre les autres Black/Green pour proposer plusieurs menaces en une seule carte, elle permet également de créer assez facilement une force de frappe compliquée à gérer pour les decks contrôle et pose quelques problèmes à Death’s Shadow. A la fois pouvant être utilisée de façon agressive ou défensive, Âmes persistantes vaut le splash. Mais c’est bien la seule carte qui le vaille. Beaucoup s’étonnent de ne pas me voir jouer quelques Chemins vers l’exil. A cela je ne peux développer meilleure argumentation que celle de Reid Duke lui-même, que je vous copie ci-dessous :

Path to Exile — I hate it. I refuse to be caught dead playing Path to Exile in a black midrange deck, especially now that Fatal Push exists. It’s contrary to the resource denial plan, and forces you to fetch out white mana earlier than you want to. Almost all Modern decks can put the extra land to good use. I know that I’m in the minority on this position, so you won’t hurt my feelings if you disagree. But the only way you’d convince me to play with Path is if you told me I’d be facing a lot of Mirran Crusaders and Chameleon Colossuses, and even then I’d have to be dragged kicking and screaming.

— Reid Duke, Juillet 2017

Chemin vers l’exil – Je déteste cette carte. Je refuse que l’on me prenne à jouer Chemin vers l’exil dans un deck midrange à base noire, surtout depuis la sortie de Poussée fatale. Elle va l’encontre du plan de destruction des ressources de l’adversaire et vous force à fetcher du mana blanc très tôt dans la partie. Et la quasi-totalité des decks du Modern vont utiliser très efficacement le terrain supplémentaire. Je suis conscient que je fais partie d’une minorité, aussi je ne prendrai pas mal toute critique à cet égard. Mais la seule raison de me convaincre de jouer Chemin vers l’exil c’est de me dire que mes adversaires aligneront bon nombre de Croisés mirran et Colosses caméléons, et encore, je ne le ferai pas de gaieté de cœur.

Mais peut être ais-je hérité de ce point de vue et de cette vision du jeu après tant de parties à gagner des tours de jeu simplement en jouant une Déférence s’apparentant à des timewalks ou en engageant des terrains à l’upkeep avec mes maintenant retraités Exarques fourbes.

Voici la liste que je joue :

Dark Souls – Thibault Motté – PPTQ Beauvais Septembre 2017

Terrains (24)
3 Marécage bourgeonnant
1 Forêt
1 Reliquaire impie
3 Plaines marécageuses
2 Tombeau luxuriant
2 Marais
4 Frontières tectoniques
1 Jardin du temple
2 Village arboricole
4 Catacombes verdoyantes
1 Lande venteuse 

Créatures (12)
3 Sinistre écorcheur
2 Kalitas, traître des Ghet
3 Limon nécrophage
4 Tarmogoyf

Sorts (16)
2 Décomposition abrupte
2 Dislocation
3 Poussée fatale
1 Droit à la gorge
3 Inquisition de Kozilek
4 Âmes persistantes
2 Pulsation du Maelstrom
3 Saisie des pensées 

Planeswalkers (4)
4 Liliana du Voile

Réserve (15)
2 Brutalité collective
2 Damnation
1 Vrilles fouettantes
3 Mage fulminateur
1 Liliana, dernier espoir
2 Bombe à sortilèges d’annihilation
2 Silence de pierre
2 Extraction chirurgicale

Une autre remarque : oui, 4 Frontières tectoniques. Dans un monde où le meilleur deck (Death’s Shadow) aligne les sorts qui ne coûtent qu’un unique mana, cela peut paraître étrange. Je le conçois. Toutefois, c’est un slot que le deck peut vraiment se permettre. Le mana blanc n’étant absolument pas nécessaire au bon fonctionnement du deck (après tout, Âmes persistantes peut toujours être défaussé sur un +1 de Liliana du Voile pour être joué sans mana blanc), je joue en réalité un deck 2 couleurs et les 4 Frontières tectoniques n’entravent que très rarement le développement du jeu. J’en suis très content, certes elles ne sont pas bonnes dans tous les match ups mais là où elles le sont, leur valeur est inestimable. Je leur dois de nombreuses victoires grâce à la fameuse technique « Double tectonique au tour 4 ». Raison de plus d’ailleurs de ne pas jouer de Chemins vers l’exil, qui va à contre-courant de cet axe mana denial..

Après ces quelques remarques faites sur mon build en particulier de BG Souls, ce serait vous mentir que de vous affirmer que cette collection de 75 cartes est sortie de mon génial esprit. Les plus attentifs d’entre vous auront sûrement remarqué la liste de Alberto Galicia du top 8 du GP anglais du mois dernier à Birmingham. Ne maîtrisant peut être pas la langue de Shakespeare, Alberto semble avoir toutefois maîtrisé le langage Abzan. Avec ce bel équilibre et son choix de ne pas jouer trop de cartes blanches, son deck a attiré mon attention.

Serein dans mon choix de deck, un rapide top 8 au MC Modern Classics à la boutique éponyme, devenue le repaire du Consortium me confirma la puissance du deck et la justesse du build. Fonctionnant à l’unisson, les cartes et les synergies coulaient en allegro exactement comme je l’imaginais. Mais n’étant pas le Mozart de ce style de deck, je ne m’aventurais pas à changer de slots, de peur de briser la précieuse harmonie.

Dimanche matin, c’est accompagné de 2 acolytes, Matthieu et Sasyo que je partais au volant de ma Toyota à l’assaut de Beauvais pour un PPTQ à la Forge d’Audren. Matthieu, compagnon d’infortune et de victoires depuis la genèse du Consortium était lui aussi certain de son choix de deck : un Bant Coralhelm Reliquary (son explication sur le deck ici). Quant à Sasyo, que l’on connaissait comme maître des machines avec Affinity, il s’était rabattu pour ce tournoi sur le deck de Théau. Au son de Night Sins, la voiture filait vers le Nord.

QGREeAw_k5RBAnnsiA0cz6rKfwYPlus rapidement que prévu, nous entrâmes à Beauvais, au milieu d’un convoi de motards, comme des princes. La boutique rapidement localisée, nous nous installions sur une des tables, au milieu des figurines Warhammer. Sur une feuille je recopiais avec précision la liste. Puis, comme à mon habitude avant un tournoi d’importance j’ouvrais mon livre du moment pour complètement déconnecter. Pendant que Matthieu s’arrachait les cheveux sur son build et pour savoir combien de Croisés Mirrans il devait jouer, je parcourais les lignes des dialogues entre Thomas More et Raphaël dans son Utopie. Douce intermittence.

La ronde 1 fut annoncée et avec elle le début des hostilités. Ce tournoi était pour moi.

Ce qui est si particulier lorsque l’on joue autre part que dans sa zone de confort, ce sont les nouveaux visages. Quand je joue à Paris, je sais à quoi m’attendre mais dans une ville aussi éloignée que Beauvais, l’expérience est toute différente. Qu’est ce que les locaux aiment jouer comme decks ? Y a-t-il un métagame local ? Certains decks contre lesquels ils ont davantage préparés ? Ces prédictions sont-elles faussées par la venue d’autres joueurs d’autres villes ? Une grande équation insolvable. Et c’est bien pour cela que je ne m’y essaye pas. Prédire le métagame sur ce genre d’événement est une science que je ne possède pas et au lieu de me poser la question sur chaque slot, je prépare mon deck comme pour chaque autre événement. C’est peut être un aveu de faiblesse, cela en décevra peut être plus d’un mais je crois que je me plait plutôt à me considérer comme un joueur plutôt que comme un deckbuilder/metagamer (si ces vocables existent). Généralement je prépare ma liste le soir ou quelques jours avant et je n’y touche plus.

Image

L’ennemi public n°1

Tout cela m’amène à cette première ronde contre Storm. Mon adversaire, Kévin Rabiant, est très avenant. Nous avons même quelques mots sur Utopie de Thomas More qu’il m’a vu lire quelques secondes plus tôt. Une bonne entrée en matière. Je remporte le toss et ma disrupt me permet de gagner de précieux tours en début de partie. Je sais rapidement qu’il joue Storm et mes tests contre Pier-Paul m’ont confirmé le petit avantage que j’ai dans ce match up. Mes sacro-saintes Frontières tectoniques sont de la partie et je tente de dissimuler la 2e en ne la jouant pas. Mon adversaire joue finalement un Gobelin électromancien et essaye de générer un peu de value dessus mais une rapide Dislocation spoliera ses plans. Je joue ma 2e Frontière et procède au « Double tectonique » sur ses deux sources de mana rouge. Mon adversaire ne s’en relèvera malheureusement pas et mon Tarmogoyf finira rapidement la partie. Mon mulligan de la game 2 me livre une main très puissante avec 2 Brutalités collectives. Et elles brilleront. Je joue la première pour tuer un Gobelin Electromancien et lui faire défausser un Dons non-donnés puis la deuxième pour faire… exactement le même play. Une Liliana du Voile finira de manger sa main de sortilèges et il me tend la main en me félicitant. Mes 3 premiers points en poche je vais voir comment se porte mon collègue sur Bant. Je le repère contre Ondins en bonne posture. Malgré un petit hoquet dans sa combo, il parvint à attaquer avec les plus grosses Chevalières du reliquaire que Bant ait pu voir. Malheureusement pour lui, la 3e partie ne se déroulera pas aussi bien. Obligé de mulliganer et short sur les terrains, la main avec de multiples Lords + 2 Dislocation et Annonciateur des marées de son adversaire sera trop puissante.

ML_24

Mon token Esprit préféré : Kurt Cobain

Pas le temps de philosopher plus longtemps sur nos premières parties, je quitte mes collègues éprouvés pour livrer ma 2e partie. Je jouerai contre un UB Faeries control qui ne me posera pas trop de problèmes. Très mal équipé pour gérer mes Planeswalker, sa combinaison de sorts et de créatures ne sera pas suffisante pour m’arracher la première partie. Âmes persistantes se révèle comme prévu être une excellente carte contre ce genre de deck contrôle un peu trop mou et sans réelle pression. La 2e game ma Liliana, dernier espoir offre une réponse d’une élégance rare contre son Âpre fleur qui m’aurait normalement causé quelques soucis. Un frisson me parcourt l’échine quand il résout finalement un Battecrâne. Mais ce n’est pas mon premier rodéo contre le puissant équipement. Avec quelques entourloupes, je le pousse à l’erreur et finalement une combinaison de Frontière Tectonique et Mage Fulminateur du sideboard creuseront des trous dans sa mana base, l’empêchant de rejouer le puissant artefact à temps pour endiguer la marée de créatures s’abattant à grands fracas sur lui (Liliana avait produit son ultimate). J’apprends à regret que Matthieu n’a pas remporté son match contre Storm (mon génial adversaire de la ronde précédente) lui fermant les portes du top 8. Un match up bien compliqué pour lui…

347

De l’importance des terrains de base

Confortablement juché en haut de mon score parfait, j’aborde la 3e ronde avec confiance. Ca sera encore une fois contre un deck control mais cette fois-ci un poil plus musclé. Il s’agit cette fois-ci de UR Moon avec la tech Expérience de tête brûlée pour jouer les Emperions de platine au rabais. N’ayant aucun moyen de voir sa main, les premiers tours me font penser à tort que je joue contre Storm à nouveau. Ayant adopté une posture défensive, je comprends mon erreur lorsque finalement mon adversaire temporise un tour avec Foudre et Mage lancevif. Quelques tours plus tard, un Emperion touche la table. Fort heureusement la puissante Liliana vient voler à la rescousse de ma main équipée de la pire arme : Droit à la gorge. Grâce à la terrible combinaison de Liliana et des Âmes persistantes, je viens rapidement à bout de ses ressources pour poser un Sinistre écorcheur pour m’assurer de bons topdecks. Je n’ai pas vu de Lune de sang à la première partie, mais comme ils disent à Birmingham justement : « cat is out of the bag », je fetch rapidement mes 3 basiques à la 2. Mais la partie tourne au cauchemar quand, ayant parfaitement navigué la partie et enclenché le mode denial de mon deck malgré ses nombreux terrains de base, il parvint avec ses 4 terrains à lancer une Expérience de tête brûlée. Il est à 1 point de vie mas l’Emperion lui assure l’immortalité. Incapable de tuer la formidable machine mirrane, je ploie le genou. Pour mieux rebondir et remporter la 3e partie au terme d’une bataille acharnée. « Le dernier shérif » comme l’appelle Matthieu, Limon nécrophage m’assure une clock raisonnable et une assurance contre Mage Lancevif. Je m’assure avec Extraction chirurgicale d’effacer de sa mémoire les Emperion de platine, rendant par la même occasion ses Expériences vouées à l’échec. Capable de continuer à jouer même sous Lune de Sang, il s’incline finalement.

Je jubile, la pause déjeuner arrive et je suis au sommet du tournoi. Mes amis me félicitent et nous allons trouver de quoi nous restaurer. Un rapide burger englouti, nous retournons à la boutique. Je fais finalement ID au 2 rondes suivantes pour assurer le top 8. La cruauté du jeu veut que les parties les plus importantes soient les premières pour ensuite avoir la possibilité de ID les suivantes. J’en profite pour voir comment se déroulent les parties de mes collègues qui se débrouillent mieux qu’en début de tournoi.

le top 8 est annoncé et je suis 2e au classement. Mon quart de finale m’oppose à un joueur de Jund. Je sais ce qu’il joue grâce à mes scouts je garde donc une main archi contrôle avec beaucoup de removals, pas la peine de faire la course, la partie va durer. Ses créatures tombent comme des mouches et une unique copie d’Âmes persistantes me fera gagner la partie. Très mal équipé pour gérer 4 1/1 Vol en une seule carte, Jund tire la tronche. Accompagnées du grand singe, les Âmes réduisent son total de point vie à 0.

« Fais graffe, Hazoret dans Jund, c’est vénère »

— Geoffrey dit « Le Rameton »

Merci l’ami, je garde des Saisies des pensées dans mon 60 pour éventuellement en attraper une. Je n’en aurait finalement pas besoin. Mon pauvre adversaire rate son 3 land drop, je capitalise immédiatement avec Mage fulminateur. Privé de ressources, la partie est rapidement pliée. Tragique destin que celui de terminer son tournoi avec un seul terrain sur la table de jeu.

storm

Le compteur de storm de mon adversaire.

La demie finale m’oppose à mon premier adversaire du jour. La première partie le donne rapidement l’avantage, la combinaison de sorts de défausse, de gros Tarmogoyf est trop lourde pour son fragile assemblage de cartes. La deuxième partie me livre effectivement de bons tirages de cartes mais c’était sans compter sur une monstrueuse Lune de sang qui paralyse complètement ma sortie. Une autoroute de montagnes devant lui mon adversaire ne fait qu’une bouchée de moi. On ne m’y reprend pas, je vais chercher toute de suite une forêt et un marais au début de la 3e partie. Je me bats bec et ongles contre ses tentatives de partir en combo grâce à un Limon nécrophage. Très prudent dans mes activations pour toujours sélectionner les meilleures cibles, je laisse à mon adversaire que très peu d’espace de respiration. Il mitraille mon Limon trop gênant mais j’en conjure un deuxième tout de suite après. Avec les Composants de l’énigme, le sorcier récupère d’inestimables ressources. Et soudain il se lance, le mana coule dans ses veines et agite la terre. De cette terre sortent des dizaines de gobelins. Seulement voilà, mon adversaire épuise ses ressources pour en avoir 16 sur le terrain. Cool as a cucumber, j’exile ses deux kills de son cimetière pour empêcher tout comeback, prends mon tour et..

21397582_10155729859889275_1683501091_n

Mon adversaire me félicite. La partie était belle. Il a Déféré son propre sort pour faire plus de gobelin pour être sur de me tuer plutôt que d’en faire moins et d’avoir une petite protection. Le jeu est fait de choix, il ne regrette pas. Probablement un des adversaires les plus sympathiques que j’ai joué. Merci l’ami, la prochaine fois, ça sera pour toi.

Kévin a gentiment accepté de partager sa liste. Storm afficionados, c’est pour vous !

Storm – Kevin Rabiant – Top 4 PPTQ Beauvais Septembre 2017

Terrains (17)
4 Lac de montagne bouillant
2 Grève inondée
4 Canal du Belvédère
3 Conduits de vapeur
2 île
1 Montagne
1 Brisants Shivâns 

Créatures (7)
4 Electromancien Goblein
3 Baral, Directeur de conformité

Sorts (36)
4 Rituel de désespoir
4 Rituel pyrétique
4 Manamorphose
4 Visions nées du sérum
4 Don non-donnés
3 Passe-passe
3 Déférence
2 Passé enflammé
2 Mitraille
2 Sonder les profondeurs
1 Evacuation des terriers
1 Réanimation délétère
1 Bénédiction de l’apôtre
1 Vérité résonnante
Réserve (15)
3 Foudre
3 Chant du cygne
2 Fête fracassante
2 Composants de l’énigme
2 Lune de sang
2 Evacuation des terriers
1 Dislocation

*
**

Sisyphe est dans la mythologie grecque le fils d’Eole (le dieu des vents) et fonda Corinthe. Homère le raconte comme le plus malin des hommes : on lui doit le développement de la navigation et du commerce. Mais il se montre avare et devient un criminel. Certains récits font de lui le père d’Ulysse, personnage célèbre qui hérita vraisemblablement de la sagacité de son père.

sisyphe-titien-99-2581-iphone

Le Châtiment de Sisyphe par Le Titien (1548-1549)

Sisyphe est surtout connu pour s’être moqué des dieux, et pas n’importe lequel : Thanatos, le dieu de la Mort. Par de multiples ruses, il enchaîne le dieu, trompant ainsi la Mort. Finalement Sisyphe est rattrapé et pour avoir osé défier les dieux, il fut condamné, dans le Tartare (l’équivalent du purgatoire), à faire rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet. Inlassablement, Sisyphe recommençait sa besogne pour échouer au sommet.

Flashback deux ans plus tôt, Auxerre le 24 mai. Jumeau par Scission était encore légal. Je me hisse avec difficulté jusqu’en finale du PPTQ local ayant bataillé ferme pendant toute la journée, redoublant d’adresse contre Scapeshift, Titan Bloom, Abzan, le miroir, etc. Pour finalement m’incliner lourdement en 2 parties sèches contre le prototype de Death’s Shadow. Visionnaire, mon adversaire avait déjà compris la stratégie gagnante. Déçu d’avoir autant sué pour perdre aussi facilement, cette défaite m’était resté en travers de la gorge. Hissé jusqu’en haut, j’avais dégringolé.

*
**

La finale m’oppose à un joueur de Jund. Mais cette fois-ci le build est différent. Matthieu me susurre à l’oreille : « Gaffe. Il joue 4 Lunes de sang maindeck ».

Me voilà encore contraint de fetcher rapidement mes terrains de base pour avoir le droit de jouer. La partie devient rapidement stupide lorsque nos deux Kalitas se font face. J’ai l’avantage, le mien est plus gros. Mais la clock est trop lente : pour chaque 5 points de dommage que je mets, mon adversaire en récupère 3 au swing back. Mes ressources taries, je n’arrive pas à tuer le Kalitas adverse. Une Inquisition de Kozilek me révèle que mon adversaire en a un 2e en main. Il finit par piocher un Terminaison. J’ai beau tuer le sien aussi avec une Poussée fatale, sa deuxième forme est trop pour moi et je m’incline.

Le sideboard est compliqué. Les Mages fulminateurs ne sont pas aussi efficaces contre tous ses basiques et je n’ai pas de removals supplémentaires capables de tuer Kalitas. J’hésite à rentrer des Damnations contre lui mais me ravise rapidement. Ma game 2 ne me laisse que peu d’options pour le début de partie. Bloqué à 2 terrains, je parvins cependant à éliminer Liliana, dernier espoir et à retourner la partie sur sa Liliana du Voile en me défaussant des Âmes persistantes. Mes fidèles esprits éliminent Liliana et s’attaquent à ses points de vie. Le mana commence à venir et je peux déployer davantage de créatures. Je stabilise finalement avec Limon nécrophage mais sa Traqueuse infatigable est bien trop forte. Mes esprits restent toujours les maîtres des airs et infatigables, ils picorent les points de vie de mon adversaire. J’ai beau le descendre à un unique point de vie, le swing back de mon adversaire à coup de Tarmogoyfs amphétaminés est trop puissant. Je lui tends la main et accepte la défaite.

Encore une fois, j’échoue au sommet de la colline. Le rocher que j’ai apporté jusqu’en haut dégringole une nouvelle fois. Tout est à recommencer. Je reconnais la supériorité de mon adversaire, ne manque pas de féliciter pour sa victoire, lui qui avait commencé le tournoi par une défaite et une égalité. Je remercie les organisateurs du tournoi et nous partons. Je lâche un grand cri de frustration dans la voiture pour expier. Difficile d’échouer une nouvelle fois sur la dernière étape après avoir gravi la montagne.

Mais Camus voit dans Sisyphe un héros absurde. Dans son interprétation du mythe, il enseigne son lecteur que la vie vaut la peine d’être vécue, malgré l’absurdité du destin : « il n’est guère de passion sans lutte ». J’y trouve un soulagement.

D’autres batailles seront à mener et j’y serai pour donner une nouvelle fois le meilleur de moi-même pour me hisser jusqu’au sommet. Je fais le vœu que la prochaine fois, je trouverai autant de malice qu’Ulysse, le rejeton de Sisyphe, pour tromper le destin et les Dieux pour finalement l’emporter et conjurer le sort. Ce retour à Magic me rappelle pourquoi j’aime autant ce jeu. Les frissons de stupeur lorsque les choses ne se passent pas comme prévu, la chaleur de la victoire, la frustration de la défaite mais aussi peut être la promesse de nouvelles parties et de nouvelles chances de prouver sa valeur.

Merci d’avoir lu ce récit jusqu’au bout,
Thibault

Publicités

Une réponse à “Finales de PPTQ ou le mythe de Sisyphe.

  1. C’est vraiment super bien écrit et très agréable à lire.
    Félicitations à toi quand même, finir finaliste d’un pptq est déjà un bon résultat pour une première avec un deck de ce type.
    Avec Midrange il faut aussi savoir accepter de perdre sur ses draw. Le deck n’étant pas toujours très pro actif les réponses dont on a besoin pour faire à une situation donnée dépendent en partie de la chance que l’on a de les piocher…
    Toujours est-il que c’est un plaisir de pouvoir te relire! GG

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s